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Nicoflo

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    Quelques mois seulement après Pentagon Papers, le deuxième long-métrage de Steven Spielberg en 2018 pourrait être difficilement plus différent. Après le drame historique intéressant, parfaitement réalisé, mais aussi assez bateau, Ready Player One est une œuvre nettement plus ambitieuse. Adapté d’un roman, le long-métrage surfe sur la mode naissante de la réalité virtuelle pour imaginer un futur proche où tous les habitants fuient la dure réalité dans Oasis, un immense monde virtuel sans limite et où tout est possible. L’idée n’est pas foncièrement originale pour tous ceux qui suivent, même de loin, l’actualité informatique, mais elle est plutôt bonne et surtout elle offre à Steven Spielberg une liberté folle. De fait, Ready Player One est essentiellement réalisé en animation et le film se transforme lui-même en jeu, où l’objectif est de chercher le maximum de références à d’autres films, jeux et autres éléments de la culture pop. Le réalisateur a le bon goût ne pas prendre son projet trop au sérieux, et le résultat est fun.

    L’intrigue de Ready Player One se déroule en 2045, à une époque où la société telle qu’on la connaît aujourd'hui est tombée et c’est une période de chaos qui a suivi, entre problèmes écologiques, guerres et pauvreté. Steven Spielberg n’a besoin que d’une scène ou deux dans une sorte de bidonville à la verticale, une super idée d’ailleurs, pour camper son décor somme toute assez banal. On est dans la dystopie post-apocalyptique très classique et toute les séquences dans le monde réel restent dans ce cadre très convenu, qui aurait donné un film très ennuyeux s’il n’y avait que ça. Mais il n’y a pas que ça : très vite, le personnage principal pose son casque de réalité virtuelle sur la tête, et le voilà dans OASIS, un monde virtuel qui a connu un succès immense. Tout le monde se retrouve dans cet univers fictif créé par un développeur brillant qui est mort quelques années avant le début du film. En partant, il a lancé un défi à tous ces joueurs : la clé pour contrôler cet univers virtuel, pour le premier qui résoudra trois énigmes successives. On comprend vite que ces épreuves constitueront la trame générale du film et le cinéaste n’essaie pas de chercher à être original. Ready Player One suit ce chemin tout tracé et on ne peut pas dire qu’on sera surpris, pendant les deux heures vingt que dure le long-métrage. On pourrait souligner un manque d’originalité et en effet, quelques lieux-communs auraient pu être évités, mais ce côté prévisible ne nuit pas nécessairement au projet.

    On le disait en préambule, le point de départ de Ready Player One offre aux scénaristes une liberté quasiment absolue, puisque l’essentiel se déroule dans un univers fictif où tout est possible, ou presque. Steven Spielberg joue dessus pour imaginer un environnement très varié, avec des mondes colorés et d’autres sombres, de la violence et du kawaii. Ici une course de voiture folle dans un New York plein de monstres, là une immense bibliothèque où tous les souvenirs du créateur d’OASIS sont collectés, ailleurs une réplique de l’hôtel et du labyrinthe de Shining, mais avec des zombies pour pimenter le tout. Cette liberté est mise au profit d’une incroyable collection de clins d’œil et références, peut-être la collection la plus complète et vaste jamais vue dans un long-métrage. Les producteurs ont réussi à obtenir des autorisations pour des dizaines et des dizaines de films, séries, animés, jeux, musiques de la culture pop et il y a des références partout, tout le temps. De Jurassic Park à la saga Retour vers le futur, d’Akira à Citizen Kane, de Battlestar Galactica à Chucky, de Gremlins à Halo… on pourrait continuer la liste pendant des heures. Il y a tant de références qu’il est impossible de toutes les voir, en tout cas pas en une seule fois. Ce site recense pas moins de 120 références et il en manque certainement, cachées dans un coin de décors ou au milieu d’une foule. Il y a tellement de clins d’œil que le film gagne une dimension ludique : ce n’est pas tellement l’intrigue principale qui est intéressante, c’est ce jeu qui consiste à trouver le maximum de clins d’œil. Steven Spielberg l’a probablement bien senti et il se garde toujours de prendre le projet trop au sérieux. C’est léger et c’est fun, c’est précisément le traitement qu’il fallait pour ce film.

    Ready Player One ne restera peut-être pas dans les mémoires, ce n’est certainement pas un grand film, mais ce qui le sauve est précisément d’en avoir conscience. Steven Spielberg s’est certainement amusé à compiler toutes ces références en un seul long-métrage et il a réussi à communiquer ce plaisir. Son dernier long-métrage est léger et ludique, si bien qu’on lui pardonne ses personnages un petit peu stéréotypés et pas franchement passionnants, ou bien sa bande-originale peu inspirée. Ready Player One n’est pas le film de l’année, mais c’est un divertissement que l’on aurait tort de bouder.

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    Offrir une suite à Jumanji, un classique des années 1990 qui a très mal vieilli sur le plan technique, mais qui reste un très bon divertissement familial, voici une idée qui avait de quoi effrayer. Certes, les moyens techniques offrent des possibilités dont ne pouvait même pas rêver Joe Johnston, réalisateur du premier volet, mais on sait bien aussi ce qu’un traitement de blockbuster moderne peut apporter comme éléments négatifs. On imaginait déjà le film d’action bodybuildé qui utiliserait le jeu mythique comme excuse, et la présence de Dwayne Johnson au casting n’était pas très rassurante. Et pourtant, on s’attendait au pire, mais Jumanji : Bienvenue dans la jungle est une agréable surprise. Non pas que ce soit un grand film, mais Jake Kasdan a tout à fait conscience des limites de son projet, il sait rester humble et offre à son excellent casting le cadre idéal pour qu’il s’exprime. C’est idiot, mais c’est voulu, et même si l’ensemble aurait mérité d’être plus court et d’éviter quelques clichés, c’est plutôt une réussite. On n’aurait pas parié dessus.

    Jumanji : Bienvenue dans la jungle n’est pas un remake, ni même un reboot, c’est bien une suite dans la directe continuité du premier long-métrage. On reprend d’ailleurs en 1996, sur une plage comme celle où la boîte de jeu de société avait échoué à la fin du précédent volet. La continuité est bien assurée, Jake Kasdan ne manque pas de glisser une allusion ou deux pendant son film, mais ce n’est pas pour autant que cette suite reproduit à l’identique ce que l’on connaît déjà. Cela aurait été vite ennuyeux et fort heureusement, les scénaristes ont trouvé comment renouveler le genre. La boîte de jeu de société se transforme en jeu vidéo, et la jungle de Jumanji n’envahit plus la nouvelle banlieue américaine paisible où commence l’intrigue, ce sont les personnages qui sont envoyés dans la jungle. On avait déjà un petit peu cette idée dans Jumanji, sauf qu’ici tout se déroule dans cette jungle, et avec des personnages très différents des quatre adolescents moyens que l’on découvre dans les premières minutes. Il y a ainsi quelques différences majeures, qui évitent la répétition et qui sont souvent très ludiques. Puisqu’il s’agit d’un jeu vidéo, chaque personnage a trois vies avant d’atteindre le Game Over, ce qui a permis aux scénaristes d’explorer des idées intéressantes. L’un des personnages meurt dès le départ, dans les premières minutes ; plus tard, un autre est sacrifié pour les besoins du jeu. La meilleure idée toutefois, c’est que chaque ado incarne un personnage totalement différent dans le monde fantastique. Le geek maigrichon devient un aventurier baraqué, le grand sportif devient un zoologiste et petit homme fragile, la timide asociale devient une guerrière sexy et la bombe dans la vraie vie devient… un paléontologue un peu fort. Certes, c’est un petit peu facile et téléphoné, mais il faut saluer ici les quatre acteurs, tous excellents pour jouer sur le décalage. Dwayne Johnson est tout en second degré et parfait quand il doit jouer le gamin effrayé par un écureuil, mais c’est surtout Jack Black qui impressionne en conservant parfaitement la personnalité de la blonde obsédée par son image qu’il incarne. Ce n’est pas toujours très léger, mais Jumanji : Bienvenue dans la jungle exploite au maximum l’humour généré par ces décalages et cela fonctionne très bien. Ce qui fonctionne moins bien, c’est l’intrigue elle-même, assez peu intéressante il faut bien le dire. Nick Jonas peine à reprendre le flambeau de Robin Williams et la fin aurait pu éviter autant les clichés du genre, mais il faut reconnaître que, même si Jake Kasdan aurait gagné à raccourcir son film, l’ensemble tient drôlement bien la route. C’est léger et fun, on n’en attendait pas tant.

    Donner une suite à Jumanji ? Finalement, l’idée n’était pas si idiote que cela, et Jumanji : Bienvenue dans la jungle prouve qu’il y avait du potentiel. Le public a répondu largement présent, à un point tel que Hollywood ne peut pas rester sans rien faire et une suite a été annoncée. À nouveau, on n’est pas très confiant, comment imaginer que ce sera encore une fois réussi ? Mais après tout, Jake Kasdan a prouvé une première fois qu’il y avait quelque chose à en tirer, peut-être que cette nouvelle saga parviendra encore à surprendre ? Réponse l’année prochaine si tout va bien.

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    Pendant trois ans, Alfred Hitchcock a enchaîné les succès, avec un chef d’œuvre chaque année : Sueurs froides en 1958, La Mort aux Trousses en 1959 et enfin Psychose en 1960. Après un tel trio, la pression était immense pour la suite, mais le cinéaste britannique, armé d’un confortable budget de plusieurs millions d’euros, a pris son temps. Les Oiseaux ne sort qu’en 1963, après trois ans de préparation qui n’ont pas été de trop pour ce film d’horreur qui a battu à l’époque tous les records en matière d’effets spéciaux. Pas moins de 371 plans ont nécessité des truquages visuels, du jamais vu pour ce long-métrage qui a posé quelques bases techniques régulièrement utilisées depuis au cinéma. Les Oiseaux est aussi un film d’horreur extrêmement angoissant et bien mené, encore un classique. Brillant !

    Les oiseaux apparaissent à l’écran dès la toute première image, celle du générique d’ouverture où les silhouettes des volatiles défilent derrière les noms du casting et de l’équipe. Dès cette séquence, Alfred Hitchcock parvient à faire ressentir comme une pression, pas forcément une menace encore, mais un malaise s’instaure, peut-être parce que l’on reconnaît un corbeau, ou un merle, sur ces silhouettes sombres. Malin, le cinéaste enchaîne avec une première séquence au milieu des oiseaux, mais cette fois qui essaie de faire oublier toute menace. La première scène se déroule en effet dans une animalerie de San Francisco, au milieu de petits oiseaux mignons dans leurs cages. C’est une manière de désamorcer ce sentiment de gêne que le spectateur pouvait connaître auparavant, et c’est aussi une façon de présenter les deux personnages principaux, Melanie et Mitch. Elle est la riche fille d’un propriétaire de journal de San Francisco et elle passe ses journées à faire des blagues pas toujours de bon goût. Lui est avocat dans la ville et il est là pour lui faire une blague, en la prenant pour une vendeuse. Les Oiseaux commence ainsi sur une note plus légère et la suite est à l’avenant. Comme dans bon nombre de ses films, Alfred Hitchcock prend son temps pour faire monter le suspense, il ne se précipite et pose tranquillement ses personnages. Intriguée par sa rencontre, Melanie décide de jouer le jeu en apportant les oiseaux demandés par Mitch, et elle se rend à Bodega Bay pour les amener. Pendant plusieurs minutes, tout va pour le mieux, on suit l’héroïne sur un bateau à travers la baie, elle amène la cage avec les deux inséparables que cherchait l’avocat et une idylle pourrait naître dans ce qui commence à ressembler à une comédie romantique sans saveur. C’est précisément à ce moment-là que le cinéaste réintroduit un oiseau, et cette fois en explicitant la menace : une mouette attaque Melanie sans raison alors qu’elle est sur son bateau. À partir de cet incident isolé, Les Oiseaux se construit petit à petit en un véritable cauchemar, pour les habitants de la ville. Une montée en puissance qui s’accompagne d’une mise en scène toujours plus ambitieuse, avec des effets visuels toujours plus spectaculaires. Alfred Hitchcock innove pour plusieurs séquences qui entremêlent prises de vue réelles et tournages en studio, mais aussi oiseaux dressés et animation traditionnelle. Le tout au service d’une peur qui s’empare de la petite bourgade, mais aussi des spectateurs.

    La blessure légère de Melanie causée par une mouette pouvait n’être qu’un accident, tout comme le goéland retrouvé mort devant la porte d’une maison. Les enfants attaqués pendant une fête d’anniversaire ont certainement énervé les oiseaux d’une manière ou d’une autre. La mort d’un fermier du coin, tailladé de mille blessures et les deux yeux en moins, pouvait encore ressembler à un meurtre déguisé en attaque d’oiseau. Ces explications rationnelles, renforcées par les discours de plusieurs personnages, ne valent pas grand-chose face à la psychose qui s’empare de la petite ville habituellement si tranquille. Par sa mise en scène, Alfred Hitchcock joue sur cette peur et renforce l’impression de menace, même si les oiseaux peuvent rester tranquilles à l’écran. Le meilleur exemple de cette « méthode » pour générer le suspense, c’est bien sûr la fameuse scène de l’école, quand l’héroïne attend la fin de la classe pour récupérer une élève. Elle se pose sur un banc juste à côté de l’école et allume une cigarette. La caméra la filme de face, avec un cadre suffisamment large pour que le spectateur voie les jeux d’enfants à l’arrière-plan. Un corbeau se pose en silence à l’insu du personnage, puis un deuxième, un troisième… bientôt tout le décor est recouvert et Melanie ne voit rien, jusqu’au moment où elle suit du regard un corbeau qui passe par là. Elle se retourne et la caméra montre son horreur, dans un silence complet. C’est d’ailleurs l’un des points forts du film : le réalisateur exploite presque exclusivement le cri des oiseaux en guise de bande-son et il n’y a en général pas de musique extradiégétique. Pour en revenir à la scène de l’école, il y a bien une musique, celle des enfants qui chantent une comptine, mais elle ne fait que renforcer l’attente et le sentiment qu’il va se passer quelque chose. Quand l’action se déclenche enfin, elle est étonnamment brutale pour l’époque. Le sang est un petit peu trop rouge pour être réaliste, mais Les Oiseaux reste une œuvre très graphique et particulièrement inventive en termes de mise en scène de l’action. Plusieurs séquences restent encore très spectaculaires, même si certains effets ont logiquement mal vieilli1. En particulier, la tout aussi fameuse scène de l’attaque dans le grenier est un grand moment de cinéma, toujours aussi impressionnant aujourd'hui, même si ce n’est pas forcément pour les meilleures raisons2. Citons aussi l’attaque de la ville, avec une explosion en chaîne à partir de la station-service, une idée qui a inspiré tant de films par la suite et qui est parfaitement menée.

    Ce n’est pas un film à suspense, comme Alfred Hitchcock les enchaînaient à l’époque, ce qui a surpris les contemporains à sa sortie. Les Oiseaux est bien plus proche du film d’horreur, même s’il n’essaie jamais de faire sursauter ses spectateurs. À la place, le long-métrage présente une situation cauchemardesque, où une ville tranquille est attaquée sans raison par des oiseaux jusque-là parfaitement inoffensifs. Le réalisateur tenait à ce qu’il n’y ait pas de raison, pas même un indice ou une piste. La fin abrupte en est l’illustration parfaite : on ne sait pas pourquoi les oiseaux ont attaqué brutalement les personnages, et on ne sait pas s’ils sont tirés d’affaire à la fin. On ne sait rien et c’est précisément pour cette raison que Les Oiseaux est aussi intense et prenant. Encore une fois, Alfred Hitchcock fait preuve d’une maîtrise absolue et le résultat est toujours aussi excellent.


    1. La scène avec les moineaux dans la maison, en particulier, a fait largement appel à l’animation, puisque les vrais oiseaux n’ont pas voulu jouer le jeu et faire ce que l’on attendait d’eux. C’est assez bien fait, mais on voit malgré tout les dessins ajoutés aux mouvements des acteurs. 
    2. La scène devait être tournée avec des oiseaux mécaniques, mais ils n’ont jamais fonctionné. À la place, Alfred Hitchcock a utilisé de vrais oiseaux, traumatisant sa jeune actrice qui a même terminé à l’hôpital. Le résultat est là, mais à quel prix… 

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    Mini-série composée de huit épisodes, Sharp Objects pourrait tout aussi bien être un très long film de près de huit heures. Créée par Marti Noxon, cette adaptation d’un roman rédigé par Gillian Flynn a été réalisée entièrement par Jean-Marc Vallée et le cinéaste canadien apporte son univers et une cohérence rare dans une série. C’est en partie la clé de la réussite pour la création de HBO, mais il ne faudrait pas oublier le casting exceptionnel, une ambiance glauque à souhait et une intrigue policière qui sait maintenir une bonne dose de suspense jusqu’à la toute fin. D’ailleurs, mieux vaut regarder Sharp Objects en sachant le moins possible à son sujet, elle n’en sera que meilleure. Mais à condition de supporter son caractère extrêmement sordide, c’est indéniablement une série à ne rater sous aucun prétexte.

    Camille Preaker, journaliste à Saint-Louis, est envoyée par son patron dans sa ville natale de Wind Gap, dans le Missouri, où une jeune fille a été tuée récemment. Elle n’a pas envie d’y aller et Sharp Objects montre dès le départ qu’elle souffre encore d’un traumatisme issu de son enfance et qui ne la quitte pas depuis. Elle a peur de retrouver sa vie d’antan, sa mère qui ne l’a jamais vraiment aimée et cette toute petite ville de province qu’elle a quitté dès qu’elle en a eu l’occasion. Ses premiers pas sont titubants, et pas seulement parce qu’elle est alcoolique, elle a du mal à cacher sa souffrance et elle ne parvient pas à trouver sa place dans cette communauté qui rejette celle qui est partie à la première occasion. Au milieu de cette mise en place compliquée, un deuxième meurtre a lieu, une deuxième fille et même si le meurtre n’a rien à voir, on suspecte immédiatement un serial-killer. La police locale aidée d’un détective venu de la ville essaie de trouver le meurtrier, alors que les ragots se lâchent sur deux suspects que tout semble désigner. En parallèle, la jeune journaliste aimerait signer enfin le grand article digne du Pulitzer que l’on attend d’elle, mais elle patauge au sein de cette famille qui la rejette en bloc, à l’exception d’Amma, sa demi-sœur très sage en apparence. La série de Marti Noxon se met ainsi rapidement en place, mais ce n’est pas une simple enquête policière comme on en a vu tant. Dès le départ, Sharp Objects s’impose comme une série d’ambiance qui rappelle d’ailleurs fortement une autre création de HBO, l’excellent True Detective qui partageait la même ambiance poisseuse du sud des États-Unis. Jean-Marc Vallée est parvenu à rendre à la perfection la répulsion ressentie par son héroïne face à sa ville natale. Tout est parfaitement déplaisant, le climat que l’on imagine torride et humide à souhait, les habitants et leurs préjugés, les traditions qui célèbrent le pire de l’histoire américaine, l’unique bar miteux qui fait office de seule activité pour toute la ville… Comme Camille, le spectateur ressent vite une envie pressante de fuir au plus vite, et ce n’est même pas encore le pire.

    Le pire dans Sharp Objects, ce n’est pas la ville ou ses habitants, c’est plutôt la villa familiale et la mère de Camille, Adora. La famille est propriétaire de l’élevage de porc du coin, la seule activité économique digne de ce nom à Wind Gap et la source d’une belle fortune par le passé, mais qui a encore de beaux restes. La propriété est immense, la maison typique de ce coin des États-Unis est splendide et parfaitement entretenue, la famille dispose par ailleurs d’une servante à domicile depuis toujours et c’est aussi elle qui organise tous les ans un festival pour commémorer un fait historique pendant la Guerre de Sécession. Adora est la notable du coin, celle que le shérif informe en premier, avant même ses propres collègues souvent. Celle que l’on consulte en toutes circonstances, celle aussi qui aide généreusement les habitants en difficulté et notamment les deux filles tuées coup sur coup. C’est aussi une femme endeuillée depuis la mort de la sœur de Camille, bien des années auparavant, même si cette disparition hante la série et notamment son héroïne qui ne parvient pas à faire son deuil. Adora est beaucoup de choses, mais ce qui se voit le plus dans la série, c’est son rôle de mère, à la fois sévère et même dure avec Camille, et aimante et sur-protectrice avec Amma, sa dernière. C’est un personnage riche et qui s’enrichit constamment au fil de la saison, et il fallait une actrice de talent pour explorer toute sa complexité sans tomber dans la caricature. Sharp Objects est bien tombé avec Patricia Clarkson, majestueuse et impeccable dans ce rôle qui semble avoir été écrit pour elle. Son rôle n’aurait pas le même impact sans la présence de Camille à ses côtés, une femme complètement détruite par son enfance et sa vie de jeune adulte. Alcoolique et psychologiquement extrêmement fragile, scarifiée sur tout le corps, c’est une femme également très difficile à représenter de manière juste, sans tomber dans la caricature facile. Amy Adams y arrive à la perfection, l’actrice est incroyablement crédible et on ressent ses émotions avec une précision rare. Le succès de la série créée par Marti Noxon leur doit certainement beaucoup.

    Du casting à l’intrigue, en passant par la réalisation, tout est parfaitement mené dans cette série de HBO. Sharp Objects est une pépite, une réussite en tous points, à tel point que l’on pourrait avoir du mal à la regarder. Disons-le, ce n’est pas une histoire très joyeuse et la réalisation de Jean-Marc Vallée peut donner le cafard. Mieux vaut éviter de tout regarder d’une traite, même si c’est tentant, le suspense étant bien dosé, avec quelques révélations bien placées ici ou là. Sharp Objects pourrait vous déplaire précisément parce qu’elle est offre une plongée assez rude dans un univers déplaisant, mais c’est bien là, in fine, le signe de sa réussite. Ne passez pas à côté.

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    Après quatre immenses succès tant critiques que publics, Alfred Hitchcock ne se repose pas sur ses lauriers et il change même complètement de genre. En apparence, Pas de printemps pour Marnie pourrait ressembler à tous ses autres films à suspense, avec une enquête à suivre autour d’un personnage de voleuse. Néanmoins, cette piste se termine vite en impasse et le quarante-neuvième long-métrage du réalisateur se tourne vers tout autre chose, vers un thriller psychanalytique qui a probablement surpris ses contemporains. D’ailleurs, le long-métrage a été beaucoup critiqué à sa sortie et il n’a pas eu le même succès que Les Oiseaux et ses prédécesseurs. Est-ce pour autant un mauvais film ? Pas du tout, c’est même une œuvre fascinante, nettement distincte de ce que Alfred Hitchcock proposait jusque-là et qui men mérite pas sa mauvaise réputation.

    La toute première image de Pas de printemps pour Marnie est un sac à main jaune, porté par une femme filmée de dos qui avance sur le quai vide d’une gare. Il n’y a aucune explication et Alfred Hitchcock enchaîne avec une autre scène, cette fois dans une entreprise où le patron explique à deux policiers qu’on lui a volé une belle somme d’argent et qu’il suspecte une ancienne employée qui vient de se faire la malle. Le scénario n’a pas besoin de lier ces deux plans pour comprendre que la femme en question est celle qui était filmée de dos, et que l’argent est dans le sac à main. La séquence suivante déroule ce que l’on imagine être le processus habituel de cette voleuse : elle entre dans une pièce d’hôtel avec des dizaines de cartons, des nouveaux vêtements qu’elle place dans une nouvelle valise avant de se débarrasser de l’ancienne dans le casier d’une gare. Puis changeant son identité et sa couleur de cheveux, elle se rend dans un autre hôtel, puis dans un haras où elle monte son cheval, avant de rendre visite à sa mère, cette fois sous son vrai nom, Marnie. Cette introduction est assez brillante par son économie de moyens, elle décrit un processus bien rodé, que l’on imagine répété de nombreuses fois auparavant. Elle pose aussi pour la première fois les problèmes psychologiques du personnage principal, la phobie du rouge qui se manifeste avec le bouquet chez sa mère et ses nuits difficiles, probablement hantées. Mais Alfred Hitchcock ne s’arrête pas encore sur ce point, il préfère à ce stade faire avancer son intrigue et lancer ce qui ressemble à une intrigue à suspense. Après avoir réussi son coup, Marnie emménage dans une autre ville et se fait embaucher dans une autre entreprise sous son faux nom, pour la voler encore une fois. Pas de chance, elle se fait embaucher sans le savoir par un homme qui l’avait repéré dans la précédente entreprise et qui se met en tête de la démasquer. L’héroïne de Pas de printemps pour Marnie va-t-elle se faire avoir ? Le suspense monte pendant la première moitié du film, mais comme souvent avec le cinéaste, il est dégonflé trop vite, quand Mark, son patron, parvient à la prendre sur le fait. C’était une fausse piste et le véritable enjeu du long-métrage n’est pas tant la kleptomanie de son personnage principal, que sa psychanalyse.

    Mark laisse à Marnie deux choix : soit il la dénonce à la police, soit elle accepte de l’épouser. La jeune femme préfère cette alternative, ils se marient de manière précipitée et partent en croisière en guise de voyage de noces. C’est dans le bateau que le spectateur découvre, en même temps que le mari, la gravité des troubles de Marnie. Un traumatisme de l’enfance la prive complètement de tout rapport intime avec les hommes, elle n’accepte même pas de se laisser toucher par un homme. Elle a aussi une peur maladive de la couleur rouge et fait des cauchemars horribles toutes les nuits, où elle évoque sa mère. La véritable enquête du film, car il y en a bien une, se dévoile alors. Il ne s’agit pas de savoir si Marnie va s’en tirer avec ses vols sans aller en prison, cette partie est évacuée rapidement comme nous le disions précédemment. Il s’agit plutôt de comprendre ce traumatisme de l’enfance qui a été enfouit par l’inconscient et dont la jeune femme n’a plus aucun souvenir. À défaut d’un psychanalyste, c’est le mari qui, tombant vraiment amoureux de celle qu’il voulait simplement piéger, essaie de comprendre ce qui lui arrive et de l’aider. Pas de printemps pour Marnie est explicitement psychanalytique, d’ailleurs Marnie évoque le nom de Freud dans une scène où elle se moque des efforts de son époux. C’est une analyse qui est menée dans toute la deuxième partie du long-métrage, et même si elle n’a pas la rigueur scientifique exigée par un vrai cas similaire, Alfred Hitchcock s’est suffisamment renseigné pour en offrir une lecture bien plus crédible que l’on pourrait le croire. Certes, l’écran qui passe au rouge pour signaler la phobie n’est pas un effet très subtil, tout comme le cheval en guise de représentant du père est peut-être un petit peu grossier.. En revanche, les décors dessinés en arrière-plan qui manquent de réalisme, ainsi que cette séquence de chasse où l’héroïne, mal incrustée, paraît flotter au dessus de la scène, ne sont pas forcément des erreurs du réalisateur. On peut aussi y voir une astuce de mise en scène particulièrement bien trouvée pour signifier l’isolement du personnage et sa difficile adaptation à la réalité. Quoi qu’il en soit, il faut saluer le travail de Tippi Hedren, parfaite dans ce rôle à mi-chemin entre la séduction et la terreur issue de l’enfance, elle est très crédible et la réussite du projet lui doit beaucoup.

    Pas de printemps pour Marnie a été un tournage particulièrement éprouvant pour l’actrice principale, ce qui a certainement contribué à sa bonne performance, paradoxalement. On sait qu’Alfred Hitchcock était tombé sous le charme de cette jeune actrice, découverte avec Les Oiseaux et ses approches ont été de plus en plus lourdes et explicites. Tippi Hedren l’a repoussé violemment et le tournage s’est terminé avec l’ambiance que l’on peut imaginer. Quelle ironie dans ce film qui montre une scène de viol de façon explicite que possible pour 1964… et un rappel que le personnage interprété par Sean Connery représente Alfred Hitchcock lui-même. Pour cette raison aussi, Pas de printemps pour Marnie reste une œuvre à part dans la carrière du cinéaste, alors au sommet de sa gloire. C’est aussi un film psychanalytique très classique, mais parfaitement mené, à (re)découvrir.

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